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Publié le 13 mai 20269 min de lecture

Test Sol Cesto - L'addiction mélangée à la frustration

DonBear

DonBear

Fondateur

Test Sol Cesto - L'addiction mélangée à la frustration
7

Note finale

sur 10

Roguelite • PC

Vous connaissez peut-être Doc Géraud, vidéaste qui documente sa vie de développeur sur Youtube. Et bien figurez vous qu’après son premier jeu multijoueur, Buissons, il revient avec une proposition diablement addictive : Sol Cesto. Et s’il peut avoir l’air minimaliste au premier abord, il cache en réalité une profondeur inattendue. Et aussi… un peu de frustration.

La descente aux enfers

Quelle est la plus grande mode actuelle dans le monde des jeux indés ? Le roguelite et le hasard. On peut notamment citer Balatro qui en est probablement le représentant le plus célèbre, mais aussi la palanquée de jeux inspirés de Vampire Survivor. Et Sol Cesto, c’est le parfait équilibre entre les deux.

Le principe du jeu est simple : on choisit un personnage, qui bénéficie de statistiques qui lui sont propres et d’un talent qui permet d’effectuer une action spéciale, et on doit descendre toujours plus profondément pour aller chercher le soleil qui a disparu. Chaque étage est composé de salles et c’est là que se met en place un concept aussi simple qu’addictif. Chacune de ces salles est une grille de 4x4. Lorsqu’on clique, on ne choisit pas une case mais une ligne. Le destin nous parachute alors aléatoirement sur l’une des quatre cases de la rangée. Dans chacune des cases, on peut trouver soit une fraise qui nous rend un point de vie, soit un coffre qui nous donne de l’argent, soit un monstre - force ou magie. Si on a plus de force qu’un monstre force, on ne perd pas de point de vie, pareil pour un monstre magie. Par contre, si la valeur du monstre est supérieure à celle de notre caractéristique, on perd un nombre de points de vie équivalent à cet écart. En gros, si je tombe sur une case avec un monstre qui a 4 de force et que je n’en ai que 2, je perds 2 points de vie.

Sol Cesto Screenshot

Pour valider une salle, il faut avoir été sur un nombre suffisant de cases. Pour le premier étage, c’est 5 cases. Donc vous pouvez avoir été très chanceux et n’être tombé que sur des cases avec une fraise, un coffre ou un monstre moins puissant que vous, ou vous pouvez manquer de chance et tomber uniquement sur des monstres plus forts et des pièges qui vous enlèvent un point de vie, sans négociation possible. Et une fois ces cinq cases visitées, on passe à la salle suivante, jusqu’au boss qui nous barre la route avant l’étage suivant.

Heureusement, on entre pas dans ces souterrains infernaux sans s’équiper. Il y a deux outils primordiaux qui vont nous aider : premièrement, les dents. Lors de notre descente, on tombe ici et là sur des statues de métal. On peut choisir une dent parmi trois qui nous octroie des probabilités à notre avantage en s’insérant la chicot dans la gencive. Par exemple, si on a plus de force, on choisira la dent qui augmente la probabilité de tomber sur des monstres typés force et qui réduira la probabilité de tomber sur des monstres typés magie. Parce que c’est ça, en réalité, le cœur de Sol Cesto : jouer avec les probabilités. Et bien souvent, elles nous jouent des mauvais tours : on a par exemple une dent qui nous permet d’augmenter la probabilité de tomber sur une fraise, mais elle augmente aussi la probabilité de tomber sur un piège. Choisir d’augmenter la probabilité de tomber sur un monstre force, c’est bien pour les premiers étages, mais ça nous handicape sérieusement quand deux étages plus bas, les monstres force sont à 6 alors qu’on est à 3. Jouer avec les probabilités, c’est pas aussi simple que ça en a l’air.

Sol Cesto Screenshot

Le deuxième soutien, ce sont les objets : une potion de soin, un cube qui affaiblit tous les monstres pendant 2 tours, une protection qui nous évite le prochain dégât, et ainsi de suite. Objets qu’on peut par ailleurs acheter à la marchande, moyennant finance bien entendu. Parce que oui, l’argent est l’unique ressource du jeu, et il est primordial. Déjà parce qu’il est nécessaire pour acheter des objets chez la marchande, mais aussi car c’est le moteur de la méta progression. Elle se définit par des constellations d’étoiles, qu’on achète pour débloquer de nouveaux personnages et de nouveaux bonus. Grâce à ça, la progression est censée être de plus en plus fluide à chaque run.

L’éternelle frustration du hasard

Oui, j’ai bien écrit “censé être”, parce que dans les faits, c’est une autre paire de manches. Vous l’avez compris je pense, Sol Cesto est un jeu de hasard. Tout ce qu’on peut faire, c’est jouer sur les probabilités. Et autant le dire franchement, ça apporte son lot de frustration, parce qu’on ne peut jamais totalement infléchir une direction. Vous pouvez avoir une probabilité écrasante de tomber sur la case avec une fraise, un manque de chance vous fera tomber trois fois d’affilée sur le piège à côté, avant de vous achever en vous faisant tomber sur le monstre à côté. Il m’est même déjà arrivé, par frustration, de cliquer continuellement sur la même ligne et de perdre tous mes points de vie en tombant sur la seule case avec un piège !

Sol Cesto Screenshot

Alors d’un côté, ça va bien avec l’ambiance austère du jeu. Les designs sont mochement beaux, le style ne plaira pas à tout le monde. Mais il se dégage une atmosphère unique de ces visuels et de ces monstres qu’on rencontre. Les boss par exemple, font tous très peur à voir. La marchande est plus que louche, et même le personnage que l’on incarne peut nous sortir la tête la plus creepy qu’on a vu depuis un bail. Mais de l’autre côté, la frustration est inévitable. On a beau adoucir la difficulté autant que faire se peut en achetant des améliorations, de nouvelles dents pour les statues, la possibilité d’acheter de nouveaux objets chez la marchande, rien n’y fait. Sol Cesto peut détruire une run à cause d’un peu de malchance. Certes, aucune partie ne se ressemble, et elles peuvent durer 5 minutes comme elles peuvent en durer 30. Certes, c’est parfois à notre avantage, comme cette fois où je suis tombé sur une fraise alors que la moindre case à côté me renvoyait à la surface. Alors peut-être est-ce l’effet Barnum, mais j’ai surtout eu l’impression de voir les chiffres jouer généralement en ma défaveur.

Qu’on s’entende bien cependant : Sol Cesto est addictif. Dès qu’une run se termine, on a qu’une envie, c’est d’en relancer une autre en espérant arriver au bout. Et surtout, là où le jeu brille discrètement, c’est dans le nombre de secrets à trouver.

Sol Cesto Screenshot

Des secrets bien gardés

Ce que j’ai le plus aimé dans Sol Cesto n’est pas ce que j’ai vu, mais plutôt ce que j’ai découvert. Et en réalité, il m’a fallu un temps fou pour remarquer certains détails, parce que là où le jeu brille le plus, c’est paradoxalement dans ses zones d’ombres.

En cliquant un peu partout au hasard chez la marchande pour écraser un cafard doré et ainsi obtenir quelques piécettes, j’ai remarqué qu’on pouvait cliquer sur son nez. En fait, tirer dessus l’assomme suffisamment longtemps pour qu’on puisse prendre un objet à son insu, et donc gratuitement. Dès qu’on la recroise par la suite, elle porte un énorme pansement et la stratégie ne marche plus. Mais ça signifie qu’une fois par run, on peut obtenir un objet sans avoir à dépenser d’argent. Autre exemple : au fur et à mesure de la progression, j’ai fini par récolter plusieurs morceaux d’une flûte. Pour obtenir les partitions, il faut être ingénieux, ou plutôt, penser de manière très simple : avec l’objet bougie qu’on peut acheter chez la marchande, est-ce qu’il n’y aurait pas des zones sombres à éclairer ? Est-ce que, dans certaines salles pourtant vides d’interaction au premier abord, il n’y aurait pas un petit quelque chose en plus qu’on aurait loupé ?

C’est ça la plus grande force de Sol Cesto. A aucun moment le jeu ne vous le dira ni ne vous donnera d’indice, et pourtant il y a moults secrets cachés ici et là. Et une fois qu’on le sait, la run ne consiste plus à simplement arriver au bout, mais à découvrir tous ces détails cachés qui peuvent parfois n’être qu’un bonus minuscule, ou d’autres fois peuvent recéler un avantage majeur. De simple roguelite basé sur le hasard, Sol Cesto s’est transformé en jeu d’enquête à partir du moment où j’ai compris que le plus important n’était pas ce qu’on voyait, mais ce qu’on ne voyait pas.

Sol Cesto Screenshot

Alors bien sûr, Sol Cesto n’est pas pour tout le monde. Les allergiques au hasard peuvent passer leur chemin, tout comme les aficionados de lore travaillés. C’est dommage d’ailleurs, car la direction artistique se prêtait pourtant à la perfection à un univers sombre. Là, on n’a que des bribes de lore ici et là, qui n’apportent pas grand chose. Pas de background ni d’objectifs pour les personnages, pas d’explication outre un texte au début du jeu et lorsqu’on réussit une run, texte par ailleurs assez sommaire. Pourquoi le soleil est-il au fond de souterrains angoissants ? Pourquoi ces personnages spécifiques sont aussi motivés à le retrouver ? Pourquoi cette étrange créature nous demande une pièce en échange de conseils ? Comment la marchande se téléporte d’étages en étages ? Nous ne le saurons jamais. Ce n’est pas la fin du monde, mais ça ressemble malgré tout à une occasion loupée d’enrichir le jeu d’une couche qui lui aurait apporté de la profondeur.

Par contre, si vous aimez les roguelites et les jeux portés par leur concept, vous creuserez avec plaisir toujours plus profondément. Vous passerez des heures à récolter quelques menues piécettes pour acheter les améliorations, tenter des builds loufoques à base de dents insérées dans des gencives, vous cliquerez sur le moindre détail de l’écran pour percer tous les mystères tapis dans l’ombre.

Sol Cesto Screenshot

7

/10

Verdict final

Au fond, Sol Cesto est une expérience aussi abrasive que son esthétique : il nous demande d'accepter l'injustice pour mieux savourer la maîtrise. On pourra regretter que son univers reste une carcasse narrative un peu trop évidée, mais cette gestion frénétique des probabilités reste un moteur puissant. Sol Cesto n’est sans doute pas la meilleure proposition du genre, mais il reste suffisamment original pour vous plonger dans son ambiance durant un bon paquet d’heures.

Points forts

Le concept addictif

Les secrets bien gardés

Des visuels mochement beaux

Points faibles

L'éternelle frustration du hasard

Une occasion loupée pour le lore