
Pour être totalement honnête, je n’avais jamais entendu parler d’Artis Impact avant que l’éditeur ne me propose une clé. Alors je suis allé voir ce que c’était, et le trailer a rapidement attisé ma curiosité. Parce que les animations avaient l’air sublimes tout autant que le dessin. Parce que je ressentais une vibe mélangeant du Nier et du Eastward – probablement moins profond que le premier et moins beau que le deuxième –, deux jeux que j’ai adorés. Il ne m’en a pas fallu beaucoup plus pour me laisser tenter. Et s’il n’a pas coché toutes les cases de mon bingo des attentes, force est d’admettre que c’est un parfait jeu d’été.
Si je vous dis post-apo cosy, vous me dites… rien, probablement, car ce n’est pas le premier mélange qui viendrait à l’esprit. Et pourtant, Artis se situe exactement là-dedans. Il s’agit d’un RPG avec des combats en tour par tour, développé par une seule personne, qui raconte l’histoire d’Akane, une agente de l’organisation Lith chargée d’enquêter sur les anomalies provoquées par des IA, à l’aide de son fidèle compagnon robotique, Bot.
Rien qu’avec ça et les visuels, les similitudes avec Nier Automata sautent aux yeux. Une jeune femme aux cheveux blancs, vêtue d’une robe noire, accompagnée d’un petit robot flottant, dans un monde post-apocalyptique où l’intelligence artificielle pose problème à l’humanité : on est peu ou prou dans le même registre. Sauf qu’en réalité, pas vraiment. Artis Impact se veut être un jeu détente. Entendez par là beaucoup d’humour – souvent drôle par-dessus le marché –, des enjeux dramatiques au premier abord mais finalement relativement inoffensifs, et une ambiance très cosy. C’est à la fois la plus grande force du jeu… et sa plus grande faiblesse.
Sa force, car on s’amuse à chaque dialogue qui rend les personnages attachants. Akane est pleine de vie, de répartie et parfois d’ironie, et chacun de ses échanges lui confère une personnalité agréable à suivre. Chaque interaction, aussi minime soit-elle, a de quoi faire sourire au minimum, voire rire franchement dans certains cas. De fait, tout ça confère à Artis Impact une légèreté inattendue. L’état du monde semble catastrophique : des IA folles qui attaquent les gens – reclus dans des villes minuscules – tandis que le reste du monde paraît en piteux état… Et pourtant, chaque découverte est source de joie pour nous, les joueurs. Ça crée une dissonance qui confère une atmosphère toute particulière au jeu. En bref, on s’attache aux personnages, on aime explorer de nouveaux lieux, on a toujours envie de voir quel dialogue loufoque peut surgir lors d’une situation pourtant pas très humoristique initialement.
Mais de l’autre côté, cette légèreté empêche toute tension de s’installer. Malgré la durée de vie assez courte du jeu (environ huit heures en explorant un peu partout), j’ai cru longtemps qu’un twist à la Nier allait survenir. Que d’un coup, le ton allait brutalement changer et devenir sombre. Que la fugace mélancolie qui enveloppe parfois Akane allait surgir et qu’elle devrait affronter des épreuves difficiles. Mais non, ça n’arrive jamais. Malgré quelques rares scènes intenses ou tristounes, l’écrasante majorité du jeu conserve un ton uniforme. Et si ça confère une certaine originalité à la narration, ça supprime aussi toute profondeur à l’univers. Rien ne semble véritablement grave, rien ne paraît insoluble ou risqué. Jusqu’à la fin, j’ai espéré voir une couche de complexité s’ajouter, mais elle n’est jamais venue.
Alors Artis Impact est un parfait jeu d’été. Un jeu gentil malgré un cadre austère, un jeu qui nous donne le sourire sans jamais trop nous en demander en retour. Un jeu qui ne restera peut-être pas dans les mémoires, mais qui promet du bon temps en compagnie d’Akane et de Bot.
On doit aussi ce sentiment plein de vie aux visuels, autre gros point fort du jeu. Si le pixel art n’est pas le plus raffiné qu’il m’ait été donné de voir, certains paysages compensent par leur palette de couleurs. Et surtout, les animations sont absolument exquises. Elles flattent la rétine à tout instant, notamment lors des combats. Là, la façon dont Akane bouge et les effets visuels sont vraiment impressionnants, d’autant plus quand on se souvient qu’une seule personne a fait le jeu. Et on devient complètement subjugué lorsque de petites scénettes dessinées apparaissent, car le trait est tout simplement magnifique. Réaliste, mais jamais dans l’excès, un juste milieu qui apporte profondeur et diversité visuelle. Tout simplement un plaisir pour les yeux.
Pour finir, parlons des combats, qui font le job mais s’avèrent trop superficiels. Il n’y a pas vraiment de stratégie optimale pour vaincre les ennemis : si vous avez de bonnes stats et un bon équipement, vous avancerez sans souci. Si à l’inverse vous ne les optimisez pas un minimum, certains boss vous barreront la route ad vitam aeternam. Pour être sûr d’être au niveau, le mieux est encore de manger ce qui vous passe sous la main – certains plats offrent des boosts de statistiques – et bien entendu d’aller à la salle soulever de la fonte. Un peu cher, mais efficace. Tout ça coûte bien sûr de l’argent, que l’on peut obtenir en faisant des petits boulots ou, mieux, en devenant rentière. Bref, le jeu dispose de quelques mécaniques RPG ici et là, mais rien de compliqué ni de profond. Non, le cœur du jeu se situe bien dans l’écriture, et c’est pas plus mal : un système complexe briserait l’ambiance légère.