Vous aimez les trains ? Vous aimez le skate ? Vous aimez l’arcade ultra vive et l’ambiance colorée des titres rétro de l’ère Dreamcast ? Vous aimerez forcément Denshattack. Et plus encore : une fois le premier niveau bouclé, vous en redemanderez jusqu’à l’overdose. Sur le papier, le concept frôle l’absurde. Pourtant, le studio Undercoders réussit l’exploit de transformer une idée loufoque en une véritable leçon de game design arcade.
L’arcade dans les veines
Né dans les années 90, je fais partie de cette génération qui a découvert le jeu vidéo à la maison, le nez collé sur une Nintendo 64 ou une PlayStation. Je n’ai pas connu la grande époque des salles d’arcade enfumées où on alignait les pièces de monnaie pour inscrire trois lettres au sommet d’un leaderboard local. Enfin, ça c’était jusqu’à l’arrivée de Yakuza, mais c’est un autre sujet. À priori, Denshattack et son esthétique néo-rétro criarde n’étaient donc pas taillés pour moi. Il suffit d’un trailer pour constater son rythme effréné, son ambiance flashy et son côté foncièrement bourrin. Bourrin, dans le bon sens du terme.

Et pourtant, il ne m’a fallu qu’un seul parcours pour tomber dedans. Le pitch de départ tient sur un ticket de métro : on pilote un train sur un réseau ferroviaire complètement déjanté en évitant des pièges, on enchaîne les figures acrobatiques pour faire grimper le score, et on remplit quelques objectifs annexes pour décrocher l’or. Basique ? Absolument. Mais ça n’empêche absolument pas Denshattack de procurer une sensation de fun comme peu de jeux récents en sont capables.
Un train de 100 tonnes agile comme un skateboard
Ce qui surprend dès les premières secondes, c’est la nervosité. Conduire un train dans un jeu d’arcade pourrait laisser craindre une inertie lourde et frustrante. Et pourtant, il n’en est rien. Les développeurs ont fait le choix d’un gameplay ultra réactif : le train répond au doigt et à l’œil, sans la moindre lourdeur parasite lorsque l’on saute d’un rail à l’autre. Le seul moment où on peut ressentir la lourdeur du véhicule, c’est dans les virages. En maintaining la gâchette dans les virages serrés pour charger un boost façon Mario Kart, on ressent enfin toute la masse métallique du convoi qui s’accroche aux rails.
Laissez moi vous expliquer plus précisément comment fonctionne le jeu. On contrôle donc… Un train. Mais un train très agile. On utilise le stick gauche pour se déplacer d’un rail à l’autre. On appuie sur A pour sauter et éviter les obstacles. On drift dans les virages en appuyant sur RT et en relâchant au bon moment pour avoir un boost, un peu comme dans Mario Kart. Ça, c’est la fondation. Mais par la suite s’ajoute de nombreuses mécaniques : lorsqu’on est dans les airs, on peut faire des figures avec le stick droit pour gagner des points. On slide littéralement à la manière d’un skateur, ce qui nous demande de conserver notre équilibre en gardant un curseur au milieu d’une jauge. On roule sur des murs verticaux. Et ainsi de suite, je ne vais tout de même pas vous gâcher la surprise !

Le jeu recèle de surprises et réussit à se réinventer, ce qui lui permet d’avoir un rythme soutenu et de ne jamais entraîner de sentiment de lassitude. L’écrasante majorité des mécaniques s’intègrent de manière fluide, et une fois arrivé au bout, on se rend compte qu’on ne jouait presque plus au même jeu dans les derniers niveaux. L’intégration de toutes ces mécaniques est d’une fluidité exemplaire. À tel point qu’une fois arrivé aux derniers niveaux, on réalise avec amusement que l’on ne joue plus du tout de la même manière qu’au tutoriel. Comptez environ 10h pour en voir le bout, en fonction du nombre de fois que vous vous entêtez à avoir le meilleur score !
Un level design limpide et un scoring addictif
Quand un jeu vous propulse à 1000 km/h, la lisibilité devient le chantier le plus critique du développement. Et sur ce point, le level design de Denshattack fait des merveilles. La trajectoire reste claire, les dangers sont anticipables et les embranchements secondaires se repèrent au coup d’œil. On est très loin d’un die & retry punitif où la mémorisation par la mort serait obligatoire. Le jeu se montre plutôt généreux : si on manque un saut, un checkpoint très récent nous réinsère dans l’action en quelques secondes sans casser l’élan créatif.
Toute la tension du jeu repose intégralement sur son système de scoring. Pour faire sauter la banque, il ne suffit pas de franchir la ligne d’arrivée : il faut maintenir un multiplicateur de combo et faire le plus de figures possibles. Autant vous dire qu’on ressent une fierté immense lorsque l’on réussit à faire exploser les plafonds de points en fin de parcours. Le dosage de la difficulté est d’ailleurs particulièrement réussi : je suis loin d’être bon dans les jeux du genre, et pourtant j’arrivais - sauf exception - à obtenir l’or en seulement quelques essais. On peut le dire, c’est le sweet spot parfait entre l’effort d’apprentissage et la récompense immédiate.

Et tout ça, ça aboutit à un jeu particulièrement addictif. Parce que tout va très vite dans Denshattack. Le train roule à 1000 à l’heure, il se passe toujours quelque chose dans le fond, bref on est sur de l’arcade pure. Ça demande parfois un bon niveau de réflexe, encore que le jeu est plutôt sympa et nous fait repartir seulement quelques secondes avant si on se plante. Donc, si les réflexes vous n’avez pas, l’apprentissage vous sauvera. Encore que, il m’est parfois arrivé de louper un saut ou autre à cause du jeu qui semble galérer de temps au temps au niveau des collisions. Est-ce un manque de skill ou le jeu qui a quelques loupés ? Quoiqu’il en soit, on est vraiment face à un Jet Set Radio survitaminé.
Cell-shading, Punk-Funk et légèreté
Mais ce qui m’a définitivement comblé avec Denshattack, c’est aussi tout ce qui enveloppe le gameplay. C’est coloré, plein de vie, de bonne humeur, et même si l’histoire peut parfois devenir sérieuse, rien ne semble finalement très grave. De ce côté-là, vous savez où vous mettez les pieds : les jeux d’arcade n’ont jamais été célèbres pour leur narration, et ce n’est pas le cas ici non plus. L’univers est pourtant contemporain dans ses thématiques, notamment liées à l’écologie, mais ça reste globalement anecdotique. Le chara-design est sympathique avec une petite ressemblance avec Kill la Kill, mais il n’y a que peu de chance que le souvenir des personnages reste aussi marquant que celui du gameplay.

Par contre, l’ambiance générale est absolument géniale. Les décors riches en détails, le cell-shading très réussi, l’univers haut en couleur qu’on découvre au fur et à mesure, tout contribue à créer une identité unique. Denshattack ne ressemble à aucun autre jeu. Et surtout, les musiques bon sang de bonsoir ! Elles collent parfaitement à l’esthétique, apportent énormément à l’ambiance, et il ne fait que peu de doutes que vous les réécouterez même lorsque vous aurez fini le jeu.





