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  • Test Dragon's Dogma 2 - Un jeu pas comme les autres

    Par DonBear
    Publié dans Tests
    24 avr. 2024
    10 min de lecture

    Dragon’s Dogma premier du nom est sorti il y a maintenant douze ans. C’était un outsider inattendu, qui sortait des sentiers battus. Il n’y avait pas deux jeux comme lui, et c’est peut-être ce qui explique son échec commercial à sa sortie. Il lui a fallu de nombreuses années pour obtenir ses lettres de noblesse et devenir le succès que l’on connaît aujourd’hui. Mais douze ans, c’était il y a longtemps. Très longtemps. Depuis, le jeu vidéo a mûri, affiné ses concepts, développé son ambition et n’a plus grand-chose à voir avec celui d’alors. Est-ce qu’une suite aussi étrange à un jeu tout autant unique peut vraiment trouver sa place ?

    Un jeu pas pour tout le monde

    Dragon’s Dogma 2 est un jeu exigeant. Très exigeant. C’est un Action-RPG où l’on se promène dans le monde et on combat des monstres classiques, comme les gobelins, et des monstres un peu plus consistants, comme les griffons ou les cyclopes. Mais ce n’est pas là que se trouve la difficulté. Ce qui va réellement vous forcer à vous investir pour réussir à progresser, c’est tout simplement l’aspect organique du jeu.

    Laissez-moi vous expliquer. Le jeu ne vous tient jamais par la main, ce qui peut parfois être déroutant. Que ce soit la façon de vaincre un ennemi, la façon de réussir une quête, l’optimisation de votre build, ou encore ses mécaniques plus profondes, vous devez tout comprendre par vous-même. On ne vous explique rien. Par exemple, une quête me demandait de retrouver une personne qui avait quitté son village. Alors j’ai fouillé les alentours, me disant qu’elle s’était cachée pour certaines raisons que je ne dévoilerais pas pour ne rien vous spoiler. Sauf qu’en fait, pas du tout ! Je suis tombé dessus par hasard de longues heures après dans un village à l’autre bout de la région. Le monde de Dragon’s Dogma 2 étant très dangereux la nuit, c’est cohérent qu’elle aille dans un autre lieu habité plutôt que de ne dépendre que d’elle-même dans un environnement hostile. Et pourtant, ma logique de joueur ne m’a pas une seconde laissé envisager ce scénario.

    Cette rigueur est à la fois une richesse et un problème. Elle vous force à réfléchir différemment, à penser en des termes inhabituels quand on joue à un jeu, car les comportements sont plus logiques que ceux de simples PNJ qui passent leurs journées à tourner en rond. Lorsqu’une quête me demande d’arrêter le mec louche qui me suit dans les rues de la ville, j’ai en premier lieu un sentiment d’incompréhension car je n’avais aucune idée que j’étais suivi. Je me décide alors à m’approcher des PNJ, parlant à ceux ayant une drôle de dégaine. Quand je vois un individu encapuchonné, je me dis que je le tiens. Alors je vais lui parler, m’attendant à ce qu’il dévoile son identité et ainsi passer à l’étape d’après. Sauf que non, bien sûr que non, pourquoi ferait-il ça ? Il n’a rien de spécial, rien qu’un autre PNJ un peu bougon ne pourrait répondre. C’est bien après, lorsque je le vois courir en rond dans une ruelle, que j’ai compris que j’aurais dû le pourchasser et le plaquer au sol pour lui tirer les vers du nez. Dragon’s Dogma 2 ne vous dira que rarement quoi faire, et vous devez oublier votre façon de penser habituelle dans les jeux vidéo où les quêtes expliquent précisément ce que vous devez faire.

    Dragon's Dogma 2 Screenshot

    Ce manque d’indication est une bonne chose pour quiconque cherche un jeu où il faut vraiment réfléchir, où il faut s’investir émotionnellement et intellectuellement. Mais c’est aussi, parfois, un peu frustrant de louper des informations essentielles. Quand un personnage me demande de prendre un char à boeufs pour délivrer une lettre dans un village lointain, je me dis que c’est simple comme bonjour. Les chars à boeufs sont l’un des rares moyens d’utiliser le voyage rapide, avec les transpierres qui coûtent un bras et qui, bien sûr, ne se trouvent pas à tous les coins de rue. Là, contre 100 pièces d’or, vous pouvez voyager d’une ville à l’autre. Ni une, ni deux, je paie mon billet et m’attends à arriver à destination en un éclair. Et là…

    Ô déception ! Ô disgrâce ! Le char à boeufs avance bien plus lentement que mon personnage, même lorsqu’il ne sprinte pas. Je me dis que le terme « voyage rapide » pour désigner un moyen de locomotion s’avère être la pire arnaque qu’il m’ait été donné de voir. Je me dis qu’il va peut-être y avoir un fondu au noir si j’attends quelques minutes, ce que je décide de faire. Sauf que, bien sûr, un griffon débarque et commence à attaquer notre troupe. Lors d’un atterrissage musclé, il détruit la charrette, sans que je n’arrive à le tuer puisqu’il s’enfuit lâchement – oui, je l’ai encore en travers de la gorge. – Alors je retourne en ville, repaye un billet, et attends patiemment de nouveau. Sauf que le vil gredin devait s’enjailler à m’enquiquiner, puisqu’il revient derechef. Bref, je vous passe les détails, au bout de la quatrième ou cinquième tentative, j’appuie sur tous les boutons de la manette, étant toujours fort circonspect d’une telle lenteur. Et là, miracle, en appuyant sur triangle, mon personnage s’endort. Écran noir, pas de griffon, je me réveille une fois arrivé à destination. À aucun moment – en tout cas, à ma connaissance – le jeu ne m’a expliqué qu’on devait appuyer sur triangle dans un char à boeufs pour passer le temps.

    Être lacunaire quand il s’agit d’expliquer, ça a bien entendu ses avantages, surtout lorsque l’on cherche à créer un monde organique. Pour autant, les bases essentielles du jeu devraient être expliquées. Parce qu’on peut facilement passer à côté d’éléments qui améliorent l’expérience. J’ai mis énormément de temps à comprendre que le changement de classe faisait partie intégrante du jeu, et qu’il valait mieux toutes les faire progresser plutôt que de se cantonner à une seule. Et heureusement que j’ai fini par le comprendre, car elles sont diamétralement opposées en termes de gameplay. On a droit à une diversité assez rare lorsqu’il s’agit de tabasser du monstre de différentes manières. Le sorcier possède des sorts très puissants et impressionnants visuellement ; le champion a de bonnes grosses attaques bien énervées avec ses armes à deux mains ; l’archer dispose d’une excellente adaptation et s’avère plus intéressant qu’il n’y paraît ; le voleur et son dynamisme offrent presque à eux seuls un jeu à part.

    Attention toutefois, diversité ne veut pas dire efficacité malgré la rime. Parce que Dragon’s Dogma 2 est aussi un Action-RPG avec un gameplay très très lourd. On est dépendant de notre barre d’endurance, que ce soit pour courir, frapper, ou lancer des sorts. Elle est donc primordiale et descend très vite. Mais à la différence des Souls, on est ici dans un schéma totalement différent. Pas de lock sur les ennemis, pas d’esquive – exception faite du voleur –, pas de parade pour la majorité des classes, tout est très lent. N’escomptez pas occire par dizaine les ennemis, ici tout est question de stratégie. On doit frapper au bon moment, reculer au bon moment, lancer la bonne compétence au bon moment. Les ennemis sont soit nombreux, soit des sacs à PV, les combats sont donc très longs et le sont d’autant plus que notre agilité est digne d’un camion de 33 tonnes en marche arrière. Les fans de Monster Hunter trouveront sûrement de quoi s’amuser, tandis que les fans de jeux un peu plus pêchus risquent bien de manger leur manette de frustration.

    Dragon's Dogma 2 Screenshot

    Plus globalement, l’aspect RPG est lui aussi très lourd. Vous allez très régulièrement passer du temps dans votre inventaire, notamment à cause de la gestion du poids qui possède une limite très basse. Pour peu que votre armure soit un peu lourde et que vous possédiez quelques objets, vous allez courir beaucoup moins vite et votre endurance va fondre comme neige au soleil. On est donc forcé de s’arrêter dans les auberges pour déposer de l’équipement dans notre coffre. La notion de poids est intéressante en soi, mais je la trouve ici beaucoup trop contraignante : certes, l’objectif est de rendre le voyage « réaliste », contrairement aux jeux habituels qui nous permettent de ramasser des frigos et des armures de 50 kg comme s’il s’agissait de paquets de mouchoirs. Mais ça reste malgré tout une tannée, parce qu’on passe le plus clair de notre temps à voyager, dans un monde rempli d’ennemis avec les poches pleines, des plantes à cueillir partout et des coffres en veux-tu en voilà.

    Chaque classe possède bien sûr son équipement spécifique, ce qui fait que le coffre que l’on possède est rempli à ras bord d’armures et d’armes en tout genre. Du menuing, vous allez en faire, et pas qu’un peu. Mais je dois bien avouer que j’y ai trouvé une certaine forme de plaisir, surtout dans cette avalanche de jeux light-RPG où tout est prémâché. Là, on peut réellement réfléchir à la façon de construire notre personnage, et ça ne se limite pas qu’à choisir entre deux types d’équipements. La classe, celles de nos alliés, l’inventaire, les compétences, les objets indispensables à emmener avec soi en dehors des villes, vous devrez réfléchir à tout ça si vous ne voulez pas souffrir durant vos voyages. Et mine de rien, ça fait du bien d’avoir un jeu où l’on doit s’investir plutôt que d’avoir devant nous un divertissement simpliste.

    Dragon's Dogma 2 Screenshot

    Un voyage inoubliable (et tout ce que ça sous-entend)

    Pour toutes ces raisons et celles que je vais vous exposer de suite, Dragon’s Dogma 2 est un jeu rafraîchissant. En plus de ne pas être un jeu comme les autres, c’est aussi un voyage marquant. Si vous lisez ces lignes, vous avez probablement lu mes précédents exemples. Dites-vous bien qu’ils ne constituent qu’une goutte d’eau dans un océan d’anecdotes parfois drôles, parfois agaçantes. Dans l’idée, j’y vois une sorte de mélange entre Elden Ring et Risen, deux jeux qui constituent l’exemple parfait d’expériences associées à l’impression d’avoir vécu une grande aventure. Mais contrairement à ceux-ci, on n’est ici pas seul face à l’adversité.

    Les pions étaient déjà présents dans Dragon’s Dogma, et avaient déjà le même objectif en matière de game design : accompagner le protagoniste et créer une connexion entre les joueurs. Dans le deuxième opus, c’est la même chose : lorsqu’on interagit avec une pierre de faille, on peut sélectionner des pions en fonction de différents critères. La classe, le niveau, le caractère – divisé en quatre catégories comme bienveillant ou franc –, etc. Une fois fait, nos nouveaux compagnons, au nombre de trois maximum, nous accompagnent partout et suivent nos directives à la lettre. En fonction de la direction utilisée sur la croix de la manette, les pions agiront différemment. Ils peuvent nous soutenir, partir en avant, rester à nos côtés ou nous attendre. Le petit plus très intéressant, c’est lorsqu’on les envoie en éclaireurs : si le pion a déjà effectué la mission, il indiquera le chemin et même les raccourcis permettant d’y accéder plus rapidement. Une très bonne idée, qui les rend plus vivants, plus organiques.

    Ils parlent beaucoup, peut-être trop pour certains, mais j’admets avoir apprécié leur compagnie durant mes pérégrinations. Ça confère une présence, qui répète certes les mêmes phrases en boucle, mais qui donnent au moins l’illusion de ne pas être seul face à l’adversité. Du moins, quand ils ne sont pas malades… La peste draconique est sans doute l’élément de gameplay qui a fait le plus parler, et à raison tant c’est aussi odieux qu’ingénieux. Je ne vous spoile pas, mais c’est assurément une grosse surprise, et surtout une grosse galère qu’il vaut mieux s’épargner. Et, au passage, on peut aussi se servir des pions comme mule, pratique pour diminuer la pression de la limite de poids.

    Dragon's Dogma 2 Screenshot

    Concernant l’histoire, point important dans un RPG, autant dire qu’elle se laisse suivre sans déplaisir mais ne vous emportera pas non plus dans une fresque digne de l’Odyssée. Le concept est le même que dans le premier Dragon’s Dogma : vous êtes l’insurgé, qui voit son cœur avalé par un dragon colossal, et vous avez pour mission de le tuer pour sauver le monde. La différence ici, c’est que l’insurgé devient aussi le souverain du pays, place convoitée par beaucoup, quitte à mentir sur la véracité de leur identité. On commence donc en esclave amnésique, avec notre trône usurpé par une reine qui cherche à asseoir sa descendance au sommet. Avant de régler son compte à ce dragon toujours aussi impressionnant visuellement, il va falloir faire éclater la vérité au grand jour. Et pour ça, on doit faire des quêtes peu intéressantes, entourés de personnages peu intéressants, dans un cadre simpliste à souhait et sans grande envergure malgré les enjeux. Mais rassurez-vous, on n’est pas au niveau d’un Starfield non plus, l’histoire reste un minimum intéressante tout du long, et propose même une fin alternative très intéressante, que j’ai trouvée particulièrement réussie – et difficile.

    Ces quêtes inintéressantes sont au moins une parfaite excuse pour nous faire voyager sur l’immense continent que constitue le terrain de jeu. Dragon’s Dogma 2 profite du RE Engine pour nous en mettre plein la vue. Quand on commence l’aventure, on découvre ces panoramas qui me font fortement penser aux montagnes écossaises, ces villes remplies de joueurs et de ruelles sinueuses, ces plaines bourrées de trucs à ramasser et ces grottes sombres… où les ennemis nous attendent joyeusement. Puis on découvre par la suite d’autres décors, tout aussi beaux visuellement. Si Dragon’s Dogma 2 ne force pas le respect par sa technique qui montre régulièrement ses limites, il n’en reste pas moins agréable à contempler, avec d’excellents paysages de toute beauté. Néanmoins, il faut savoir que ça s’accompagne aussi de performances calamiteuses : dans la première grosse ville où je suis arrivé, je n’ai jamais été au-dessus des 30 fps malgré le mode performance. Pour peu que deux gros monstres vous tombent dessus, le framerate va se faire la malle aussi rapidement que vous. Quel dommage de voir la console cracher ses poumons, au point même de venir ternir l’expérience de jeu, alors que ça aurait pu être une excellente proposition visuelle de 2024. Et au passage, je vous parle de tout ça en ayant eu plusieurs patchs. Les problèmes ne sont toujours pas résolus un mois après sa sortie, et j’en viens presque à douter qu’ils le seront un jour.

    Dragon's Dogma 2 Screenshot

    Reste alors cette tonne de souvenirs, de moments mémorables, de grandes randonnées dans des endroits magnifiques. Ces pions qui racontent souvent la même chose mais qui me font rire dès qu’ils tombent dans l’eau et se font avoir par ce fameux kraken qui n’hésite pas à ramener ses tentacules dans le moindre ruisseau. Quelle plaie ça a été de marcher à deux à l’heure parce que j’étais trop lourd, mais quel plaisir ça a été de pouvoir réellement réfléchir à la façon dont mon personnage allait évoluer. Quel dommage que l’histoire soit si peu intéressante, mais quelle joie elle m’a donnée à m’envoyer me promener à l’autre bout du monde. Dragon’s Dogma 2 est une expérience tout en contraste, et si ça ne sera pas le meilleur jeu de 2024, ça sera un jeu dont je me souviendrai par son originalité dans une période où tous les jeux finissent par se ressembler.

    Points positifs


    Le monde rempli de vie
    Certains panoramas très jolis
    Les moments épiques
    Le système de pions
    Le gameplay diversifié
    Une grande aventure

    Points négatifs


    Le manque d’ergonomie
    La limite de poids, un enfer
    Le gameplay très lourd
    Le scénario pas folichon
    Les performances désastreuses

    7
    C'est chouette
    Étonnamment, Dragon’s Dogma 2 possède les mêmes qualités et les mêmes faiblesses que son prédécesseur. Si vous êtes un fan du premier, sa suite vous plaira assurément. Cependant, si vous recherchez un jeu facile et accessible, ce n'est clairement pas pour vous. Dragon’s Dogma 2 reste néanmoins une expérience unique, avec ses défauts irritants, mais aussi avec ses qualités qui en font un jeu à part. Si vous en avez l’occasion, essayez-le, c’est le meilleur moyen de savoir s’il est fait pour vous. Et si c’est le cas, vous êtes au-devant d’une grande aventure, futur Insurgé.

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    DonBear

    DonBear

    Fondateur

    DÉVELOPPEUR :

    CAPCOM

    ÉDITEUR :

    CAPCOM

    DATE DE SORTIE :

    21 mars 2024

    PLATEFORME :

    PC, Xbox Series et PlayStation 5

    PRIX À LA SORTIE :

    79,99

    Testé sur PS5 grâce à un code fourni par Warning Up et l'éditeur

    Sommaire

    1
    Un jeu pas pour tout le monde
    2
    Un voyage inoubliable (et tout ce que ça sous-entend)

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